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Natuo est le nom choisi avec mon frère pour ce Melody sorti des chantiers Jeanneau en 1977. Double hommage à nos origines paternelles corses et maternelles Normandes. Où est le lien me direz-vous ? "Néhou", nom de ce petit village du Contentin où nous vécumes tous deux dans notre tendre enfance chez Mémère Jeanne, trouve en fait sa traduction dans l'île de Beauté par "Natu o". Mais c'est sous le signe de Chaphil que pour ce premier voyage il voguera vers le port de Meze, car s'approprier un bateau en le rebaptisant ça ce mèrite et cha file pour un Ch'ti d'adoption ça a de la gueule, non ?

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Sa vie avait basculé vers un ailleurs incertain qu’il lui fallait construire pour répondre à une nécessité de plus en plus prégnante, échapper aux grilles d’un passé à jamais révolu. Une évidence prenait corps, celle d’une inaptitude nouvelle aux compromis, fussent-ils ceux des convenances sociales ou des exigences de l’amour.

Pas de jugement de valeur dans cette posture intraitable , il ne se plaçait pas au-dessus de la mêlée, elle s’était bien chargée de le remettre à sa place avec cette condescendance de ceux qui savent que dans la vie il faut gagner ou courber l’échine, s’adapter ou se démettre . Quand les béquilles du socialement correcte se rompirent, l’emportant tout droit vers les limbes du cynisme, il lui fallut pour résister aux flots de rancœurs offrir un sens à son existence, une voie à emprunter qui lui corresponde quitte à la payer de solitude. Il l’a rencontra sur les flots, dans cet environnement instable source d’équilibre, cet ailleurs qu’il pressentait sans pouvoir le nommer. Il savait qu’il pouvait se tromper, mais il savait aussi qu’il ne se pardonnerait jamais le moment venu de ne pas essayer. C’était quitte ou double, la dernière carte à jouer pour gagner la partie de l’accomplissement et de la sérénité, ne pas glisser doucement vers une vieillesse apathique vaincue par l’aigreur, ne pas quitter ce monde sans avoir tâté du goût de la liberté.

Pour cela il lui fallait ne pas s’attacher, n’attendre de quiconque le souffle qui le porterait, attitude emprunte de franchise mais aussi d’une brutalité inaudible pour qui s’aventurerait à l’aimer, inacceptable pour qui ne serait prêt à l’accompagner ou à attendre ses retours sans souffrir de ses absences. D’avoir connu le manque, lui avait rendu ce sentiment intolérable, si son bonheur ne devait plus dépendre de personne, le bonheur de personne ne devait plus dépendre de lui. Il était désormais à prendre ou à laisser, autant capable de générosité que d’égoïsme, d’empathie que de froideur, si sa demeure serait assez spacieuse pour accueillir ceux qu’il aimait, elle serait aussi pensée pour voguer en solitaire.

Ses vieux rêves d’évasion devenaient projet. C’est comme ça qu’il voulait finir son existence, d’images en images qu’il glanerait dans son itinérance, rien, si ce n’est la maladie ou la mort, ne l’empêcherait de se réaliser. Dans ce no man’s land entre le passé et l’avenir Il était déjà ailleurs, en standby, les amarres prêtes à être larguées

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