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Natuo est le nom choisi avec mon frère pour ce Melody sorti des chantiers Jeanneau en 1977. Double hommage à nos origines paternelles corses et maternelles Normandes. Où est le lien me direz-vous ? "Néhou", nom de ce petit village du Contentin où nous vécumes tous deux dans notre tendre enfance chez Mémère Jeanne, trouve en fait sa traduction dans l'île de Beauté par "Natu o". Mais c'est sous le signe de Chaphil que pour ce premier voyage il voguera vers le port de Meze, car s'approprier un bateau en le rebaptisant ça ce mèrite et cha file pour un Ch'ti d'adoption ça a de la gueule, non ?

Du Levante au Poniente

Une belle histoire va s'achèver ici, sous le soleil de Tarifa balayée par les assauts du Levante m'ayant invité à une séparation après un périple fantasmatique.
Et j'ai appris, peut être pas tout ce qu'il fallait pour qu'elle dure, mais j'ai appris. Et j'ai vécu, heurs et malheurs, intensement, du jouissif au douloureux, entre volonté, hasard et nécessité, du banal à l'exeptionnel, du glauque au merveilleux.
J'aurais pu en toute sécurité continuer de végéter dans le spleen en l'apaisant par le discours du rêve, rester caché derrière l'écran stérile du virtuel. J'aurai pu emprunter un chemin paisible avec le risque qu'il ne soit hanté par le fantôme du renoncement. J'ai choisi un ailleurs idealisé. J'ai osé tenter cette aventure de l'inconnu, à mes risques et périls, avec mes forces et mes faiblesses, mes atouts et mes handicaps. J'ai interrogé mes limites , mes désirs, mon imaginaire, mes convictions, confronté l´ensemble à la réalité. Les réponses n'ont pas toutes été celles que j'espérais , mais il en est certaines qui m'auront rempli d'allégresse et parfois de fierté même si d'autres m'auront rabaissé le caquet et apporté un éclairage cinglant sur mes préjugés et illusions.
Voilà tout ce qui fait que cette expérience qui s'achève prematurement ne me laissera pas le goût amer de la défaite. . Elle m'aura obligé à avancer, à me remettre en cause, humainement enrichi.
Me reste à gérer le retour au monde des terriens avec des challenges prosaïques à relever car j'ai, financièrement s'entends, beaucoup investi et beaucoup perdu.
Une chose est certaine, ces derniers mois auront corrigé ma vision de la solitude, de la liberté et de l'indépendance. Ce que j'erigeais complaisamment comme un étendard et qui n'était certainement qu'un paravent aura provoqué en moi des manques assez douloureux pour que cela n´entraine des changements bénéfiques dans mon rapport à la vie en général et aux autres en particulier.
Peux être me fallait iĺ me confronter à l'isolement forcé pour redonner un sens à la proximité deś êtres chers. Peut-être me fallait-il approcher dangereusement le dénuement et la précarité pour apprendre à me contenter de ce que j'avais, savoir goûter des bonheurs simpleś et accessibles, cultiver l'essentiel. Peut-être me fallait il vivre cette expérience paradoxale pour tourner le dos au passé et plonger corps et âme dans le présent.

A l'heure où j'écris ces lignes, le levant éclaire Cabo Marroqui, ce point extrême d'un continent qui aura été le point de chute d''un parcours visant à me relever et marcher. Je pourrais être abattu, traversé par des sentiments de regret, de remord ou de frustration, saisi par l´angoisse du lendemain , non, juste une sensation d´apaisement. J'ai fait ce que j'avais a faire a un moment de ma vie où il me fallait le faire.
Demain sera un autre jour, qui débutera par une longue route en compagnie de mon grand frère, les ultimes heures d'un sas de transition entre deux vies. Ironie du sort,
à l'acalmie tant attendue succédera bientôt le Poniente, ce souffle océanique qui force les portes de la Mediterrannée.

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